Diriger seul une entreprise donne une liberté rare. Mais cette liberté a un coût souvent sous-estimé : celui de la décision isolée. Quand tout repose sur une seule personne, chaque arbitrage stratégique devient plus lourd à porter. Faut-il investir davantage en acquisition client ? Dire non à un prospect pourtant tentant ? Recentrer l’offre ? Recruter maintenant ou attendre ?
Dans beaucoup de cas, les décisions ne sont pas mauvaises. Elles sont simplement prises trop tard ou révisées trop souvent. Non par manque de compétences, mais par manque de cadre. Sans espace de confrontation structuré, les fondateurs finissent par avancer à l’intuition, corriger en permanence et multiplier les allers-retours.
Cet article propose une alternative pragmatique : le « borrowed board » (conseil consultatif temporaire), un conseil temporaire, léger, conçu pour aider à décider plus vite et plus clairement, sans conseil d’administration formel, sans coach hors de prix et sans perte de contrôle. Un format particulièrement adapté au contexte français, où beaucoup de structures restent petites mais ambitieuses.
Être seul décisionnaire ne signifie pas être seul au quotidien. Clients, partenaires, prestataires, investisseurs informels : les interactions sont nombreuses. Pourtant, très peu offrent un cadre stable pour questionner les décisions importantes.
On observe souvent les mêmes symptômes chez les fondateurs solo :
Ce phénomène n’est pas lié au manque de vision. Il vient d’un vide de gouvernance. Il n’existe aucun espace où les décisions sont posées, challengées, suivies, puis fermées.
Un conseil d’administration classique est souvent disproportionné à ce stade. Le coaching individuel, lui, apporte du recul, mais peu de contradiction opérationnelle. Entre les deux, il existe pourtant une voie plus simple.
Un borrowed board n’est ni une instance de gouvernance officielle, ni un comité exécutif.
C’est un dispositif volontairement temporaire, conçu pour accompagner une phase précise de l’entreprise.
Le principe repose sur quelques règles simples :
L’objectif n’est pas de déléguer la responsabilité, mais de structurer la prise de décision. Le borrowed board sert à exposer les arbitrages importants, à les confronter à des regards extérieurs, puis à suivre leur exécution.
Dans le contexte français, ce format présente un avantage clé : il est souple juridiquement, facile à rémunérer et compatible avec des structures en forte contrainte de trésorerie.
La valeur d’un borrowed board dépend moins du nombre de réunions que du choix des personnes. Un bon conseil temporaire n’est pas composé de profils prestigieux, mais de contrepoints utiles.
Les combinaisons les plus efficaces incluent généralement :
L’erreur fréquente consiste à inviter des profils trop proches du fondateur, qui confirment plus qu’ils ne questionnent. Le rôle du borrowed board n’est pas de rassurer, mais de clarifier.
Toutes les décisions ne méritent pas un conseil consultatif, même léger. Le borrowed board est particulièrement pertinent pour les choix qui engagent l’entreprise sur plusieurs mois.
Il fonctionne très bien pour :
En revanche, il est mal adapté aux décisions purement opérationnelles ou aux ajustements tactiques du quotidien. Sa valeur réside dans la fermeture des décisions importantes, pas dans la micro-gestion.
Un borrowed board mal préparé devient une discussion vague. Un borrowed board bien préparé devient un accélérateur puissant. La préparation repose sur trois piliers.
Chaque point abordé doit répondre à une question simple :
« Qu’est-ce que je dois décider d’ici la fin du trimestre ? »
Les réunions ne servent pas à raconter ce qui s’est passé, mais à trancher ce qui bloque. Les agendas peuvent être préparés à l’avance dans un outil de gestion des tâches et projets, avec l’aide de CoPilot pour structurer les sujets, reformuler les enjeux et repérer les décisions en attente depuis plus de 14 jours.
Les conseillers n’ont pas besoin de tableaux complexes. Ils ont besoin de signaux clairs :
Ces éléments peuvent être centralisés dans un espace de travail en ligne partagé, accessible avant chaque réunion, afin d’éviter toute improvisation.
Deux réunions par trimestre suffisent :
Les réunions en ligne, couplés à des calendriers partagés, permettent de maintenir cette discipline sans lourdeur logistique.
En France, la question de la rémunération est souvent ce qui fait hésiter les fondateurs à mettre en place un advisory board, même léger. La crainte est double : payer trop cher pour un rôle flou ou au contraire créer une relation informelle qui devient difficile à cadrer dans le temps.
Pourtant, un borrowed board n’a rien à voir avec un conseil stratégique permanent ou un coaching haut de gamme. Il s’agit d’un engagement limité, ciblé et volontairement temporaire. La rémunération doit donc refléter cette logique.
Dans la pratique, les formats les plus utilisés restent simples et transparents. Certains fondateurs optent pour un forfait trimestriel, qui couvre l’ensemble des réunions et du temps de préparation. D’autres préfèrent une rémunération par réunion, afin de garder une flexibilité maximale. Il existe aussi des modèles hybrides, combinant une part financière modérée et une contrepartie non monétaire, comme un accès privilégié à un produit, une visibilité ponctuelle ou une collaboration future clairement définie.
Ce qui compte, ce n’est pas tant la forme que le cadre. La relation doit être explicitement bornée :
Ce cadre protège les deux parties. Le fondateur évite de créer une dépendance ou une forme d’autorité parallèle. Les conseillers, eux, savent exactement dans quel périmètre ils interviennent. La clarté de cette relation est souvent ce qui rend les échanges plus francs, plus directs et plus utiles.
Un conseil consultatif, aussi pertinent soit-il, ne sert à rien si les décisions prises s’évaporent une fois la réunion terminée. C’est l’un des écueils les plus fréquents : le fondateur tranche, les conseillers valident… puis le quotidien reprend le dessus.
Les équipes qui tirent un réel bénéfice de ce format ne s’arrêtent pas à la discussion. Elles transforment systématiquement chaque décision en objet opérationnel identifiable. Une décision n’existe vraiment que si elle devient opérationnelle.
Concrètement, cela implique que chaque arbitrage débouche sur :
Cette discipline ne sert pas à rigidifier l’exécution, mais à éviter que les décisions importantes se diluent dans l’urgence. Lorsqu’un arbitrage reste sans suite pendant deux ou trois semaines, ce n’est pas un problème d’outil, mais un signal : soit la décision n’était pas suffisamment assumée, soit elle n’était pas prioritaire.
Les fondateurs les plus rigoureux utilisent des outils de gestion des tâches pour suivre spécifiquement ces décisions issues du board, avec des rappels automatiques et une visibilité claire sur ce qui stagne. L’assistance de CoPilot permet notamment de repérer rapidement les décisions bloquées depuis trop longtemps et de les remettre à l’agenda sans effort supplémentaire.
Ainsi, le borrowed board cesse d’être un moment ponctuel pour devenir un rythme décisionnel, inscrit dans le quotidien de l’entreprise.
Un borrowed board n’est pas une structure à pérenniser par défaut. Sa force réside justement dans son caractère temporaire. Le conserver trop longtemps revient à recréer ce que l’on cherchait à éviter : une couche décisionnelle supplémentaire.
Plusieurs signaux indiquent qu’il est temps de le dissoudre. Le plus évident est l’évolution du comportement du fondateur lui-même. Lorsque les décisions sont prises plus rapidement, avec moins d’hésitation, et que les priorités sont assumées sans être remises en cause à chaque nouvelle information, le dispositif a rempli sa mission.
Un autre indicateur clé est l’émergence d’une équipe de management ou de relais internes capables de jouer ce rôle de contradiction au quotidien. À ce stade, le borrowed board devient redondant.
Certains fondateurs choisissent alors de le mettre en pause, tout en gardant la possibilité de le réactiver ponctuellement lors de phases critiques : lancement d’un nouveau produit, changement de modèle économique, période de forte croissance ou de tension financière. D’autres préfèrent clore complètement l’expérience, considérant que la maturité décisionnelle acquise suffit désormais.
Dans tous les cas, le succès du borrowed board ne se mesure ni à sa durée, ni à la qualité des discussions, mais à un critère très concret : le nombre de décisions réellement prises, exécutées et assumées. Lorsque ce chiffre progresse, le cadre a joué son rôle.
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Commencer dès maintenantDécider seul ne signifie pas décider sans structure. Le borrowed board offre une réponse pragmatique à un problème très concret : comment prendre de meilleures décisions quand on est seul aux commandes, sans alourdir l’organisation ni diluer la responsabilité.
En deux réunions par trimestre, avec les bonnes personnes et les bons outils, il devient possible de remplacer l’hésitation par la clarté et l’urgence par une direction assumée. Vous n’empruntez pas une autorité. Vous empruntez un cadre.